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Envoûtement

Plus j'avance dans ces contrées désertes, moins j'en crois mes yeux. Ce que je vois au loin, je n'ose espérer que c'est la réalité. Le sage canal où paressent les barques se transforme en impétueuse et tempétueuse surface d'eau. Il a suffi de traverser le pont pour passer de la civilisation à la sauvagerie. Je reconnais bien là mon étang de Thau, que je n'ai jamais encore eu l'occasion d'approcher d'aussi près.

Alors bien sûr ... sur le chemin du retour, en attendant le bus, une Sétoise d'un certain âge me dira que du temps de sa jeunesse on faisait là des huîtres, et des moules, et des palourdes. C'était partout du sable. Et puis on a construit, sur le sable, ce qui ne saurait arriver de nos jours à cause des nouvelles normes de sécurité. Et tout ce sable et cette nature inviolée se sont vu implacablement réduire leur territoire. Les Sétois d'un certain âge regrettent amèrement l'époque où l'étang de Thau ne connaissait que ses plages, où venaient pique-niquer les familles. Une histoire qui me rappelle étrangement celle de l'aqueduc de Beaunant à Sainte-Foy-lès-Lyon, lequel a lentement disparu parmi les immeubles modernes, privant les Fidésiens de leur parc de loisirs familier.

Mais moi je ne connais pas ce temps-là, je viens d'arriver, c'est la première fois que je viens ici, et la féroce grandeur de l'étang de Thau m'explose au visage, et je voudrais pouvoir le respirer encore plus fort, encore plus profondément que je ne puis le faire. Je n'ai jamais vu ça. Pourtant j'en ai vu du pays, j'ai vu la mer Morte et j'ai vu des lacs et des étangs qui me laissent un souvenir impérissable mais là, c'est quelque chose qui me dépasse, et me remplit complètement.

L'étang de Thau, c'est comme s'il faisait partie de moi depuis toujours. En sa présence j'éprouve une plénitude indescriptible. Je le préfère à la mer et pourtant Dieu sait que j'aime la mer. L'étang de Thau c'est la force concentrée. Il reçoit son eau de la pluie, de la mer, de partout. C'est ce qui fait qu'il est plus ou moins salé, et qu'il a mille visages, et qu'il change de couleur tout le temps. Même à l'intérieur de lui cohabitent plusieurs de ces couleurs inattendues qui vont du jaune au vert, au bleu foncé.

Et je suis là debout devant cette force de la nature, laissant le vent, les gouttes d'eau, me frapper la figure. On dit souvent : "C'est beau à couper le souffle". J'objecte : je n'ai jamais aussi bien respiré qu'ici.

Comment détacher les yeux de ce spectacle. Comment faire pour lui tourner le dos. Il le faut bien pourtant. Je m'arrache à lui très lentement, me retournant plusieurs fois. J'ai dans le creux de la main trois petits coquillages qui ne ressemblent à aucun de ceux que j'ai prélevés sur les plages de ma jeunesse. En rentrant je les donnerai en offrande à ma Vierge Marie parce qu'ils ont je ne sais quoi de précieux, de sacré, qui mérite amplement la délicate mission d'offrande à Marie. Et je pars ...

Je reviens parmi les hommes, leurs barques, leurs habitations. Je m'arrête devant cet arbre mort.

La vase prend des airs de plage

 Quand je vous dis qu'à Sète les bateaux sont partout ...

Au-revoir île de Thau. Je reviendrai en automne, en hiver, quand il fait mauvais temps. L'étang de Thau fera le gros dos. J'aurai presque peur. Et ce sera formidable. A vous toutes et tous qui me suivez bonne fin de semaine, peut-être bon week-end prolongé du 15 août. Je réponds à vos commentaires et vous rends visite dans la journée.

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J
J'ajouterai, si tu as lu le merveilleux poème de cette jeune femme originaire des îles Marshall qui a fait l'objet de mon article 'Dites-leur' que même au bout du monde, dans des lieux enchanteurs, la réalité peut être bien cruelle. Je trouve ce poème magnifique et particulièrement émouvant. Peut-être une incitation supplémentaire à prendre la plume ??? 
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J
Je constate avec effroi les conséquences dramatiques de mon utilisation malheureuse de l'expression 'soupe toxique' à propos de la pollution de l'étang de Thau. J'avais en fait mentalement confondu avec la situation de l'étang de Berre qui est, elle, désastreuse et liée aux rejets industriels. La pollution de l'étang de Thau est d'origine différente et ne présente pas un caractère de gravité aussi poussé. Je remplace donc soupe par 'bouillon léger' :-)) qui fait d'ailleurs l'objet de contrôles constants en raison des élevages de moules et autres coquillages qui existent sur l'étang.. J'espère ainsi effacer en partie l'horreur provoquée par mon expression, qui n'enlève rien à la beauté du site que tu sais décrire avec tant de sensibilité et qui constituera j'en suis sûr la toile de fond de ton prochain roman.
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P
Une très belle note où on ressent parfaitement tes émotions. Et les photos sont magnifiques en plus... 
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D
Non tu n'es pas ridicule, moi j'aime comme tu racontes. Avant les gens chopaient la dysenterie... de nos jours c'est très contrôlé, quand c'est pollué tout va à la benne. De quoi se réjouir non ?C'est sûr c'est dommage ce qui arrive parfois, mais bon nous à notre niveau on fait le maximum pour tenir la planète la plus propre possible. Le problème est aussi le réchauffement climatique. Bon j'essaye de te remonter le moral ;-) comme je peux LOLCe n'est pas toi qui va jeter des cochonneries dans l'étang. Mais ce que dit Jean François est vrai, malheureusement. Allez j'espère que tu continueras à nous faire rêver, car perso j'en ai bien besoin :-)
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M
la civilisation qui grignote la nature...c'est partout pareil ! Les hommes ne savent pas que parfois la nature prend sa revanche....mais ce n'est pas là le cas de ce splendide ètang. J'imagine bien ton émotion car contempler ainsi un si beau paysage est un cadeau que seuls ceux qui ont une sensibilité comme la tienne peuvent savoir.....<br /> Bises de la ville éternelle...
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